L’histoire
de la chapelle des Petites-Dalles a déjà
été contée par M. Gremont dans le fascicule
qu’il a publié en 1993 à l’occasion du centenaire de la
chapelle. Je ne reprendrai donc pas systématiquement ce qu’il a
fort bien décrit en me contentant de faire état de
quelques nouveaux documents et surtout de faire une nouvelle lecture
des archives que nous possédons. Comme nous le verrons, cette
relecture peut conduire à formuler quelques hypothèses.
Ces hypothèses ne sont évidemment pas des faits
historiques et n’engagent que moi.
Jusqu’au milieu du XIXe
siècle, le village des Petites-Dalles est un hameau de
pêcheurs accessible à pied ou à cheval par un
mauvais chemin, l’actuelle vieille route de Sassetot. C’est le bout du
monde. Il n’y a pas de lieu de culte et les 200 habitants doivent
monter à pied à Sassetot pour assister aux offices. Ils
en profitent probablement pour faire leur marché qui se tient
chaque dimanche à Sassetot sur la route des Grandes-Dalles.
En 1856, le chemin de fer arrive
à Fécamp pour des raisons économiques.
Fécamp est alors un des plus grands ports morutiers
français, si ce n’est le plus grand, et il faut une connexion
rapide avec Rouen et Paris pour y acheminer les produits de la
pêche. C’est le début de la mode des bains de mer et le
hameau des Petites-Dalles s’avère alors être une des
plages les plus proches de Paris et accessibles par le train.
En 1865, Henri Wallon recherche un
lieu de vacances pour sa famille. Arrivé en train à
Fécamp, il parcourt en voiture à cheval les 8 lieues qui
séparent Fécamp de Saint-Valery. C’est le village des
Petites-Dalles qui a sa préférence, mais un point le
retient : « Le plus grand inconvénient c'est l'éloignement de l'église »
qui est à 2km à Sassetot, écrit-il dans une
lettre. Henri Wallon est très croyant et très pieux.
Comme la plupart de ses concitoyens à l’époque, il est
inconcevable de ne pas assister aux offices. Finalement, il passe outre
cet inconvénient et loue, puis achète une maison aux
Petites-Dalles pour les vacances, l’actuel villa « Brise
lames ».
La notoriété des
Petites-Dalles se développe et les plaisanciers, on parle alors
de baigneurs, viennent de plus en plus nombreux. Cet engouement est
lié à la proximité de la capitale et à la
venue en 1875 de Sissi au château de Sassetot. Ces baigneurs sont
pour la plupart de riches bourgeois de Paris ou de Rouen.
Face à l’éloignement
de l’église de Sassetot, ces bourgeois, menés par Paul du
Vergier et avec probablement l’approbation de la population des
Petites-Dalles, en viennent assez vite à envisager la
construction d’une chapelle. Le Conseil de Fabrique et surtout la
commune de Sassetot y sont vivement opposés. A noter que le
terme fabrique désigne les personnes (prêtres et
laïcs) chargées de l'administration des finances d’un lieu
de culte, de sa construction à son entretien ; on parle
aussi du Conseil de Fabrique. On a peu de documents sur ces
premières démarches.
Au mois d’août 1891, M. de
Blowitz interpelle Mme Crosnier sur la plage des Petites-Dalles. Cette
courte entrevue est rapportée par Monsieur Renard :
« Etes-vous
toujours dans les mêmes dispositions, madame, en ce qui concerne
la chapelle des Petites-Dalles ? »
« Oui, monsieur ! »
« Combien mettez-vous ? »
« Tant ! - Moi aussi ! »
Et se tournant vers moi : « Maintenant M. Renard vous n’avez
qu’à continuer ! » Et ce fut tout !
Cette conversation fait penser que
le projet de la construction d’une chapelle est assez ancien et
traîne en longueur. Et de fait, on trouve sur un plan de
lotissement de la falaise côté Sassetot daté de
1882 la chapelle clairement marquée à son emplacement
actuel alors que la construction n’a réellement commencé
que 10 ans plus tard, en 1892.
Un comité d’organisation est constitué en 1891 :
- Président : M. Paul du Vergier
- Présidents d’honneur : M. Ernest Daudet et M. de Blowitz
- Trésorier : M. Ledun
- Secrétaire : M. Renard
On peut s’étonner de voir
M. de Blowitz encourager la construction d’une chapelle, figurer
comme président d’honneur du comité d’organisation et
participer financièrement à sa construction alors
même qu’il est de notoriété publique qu’il est
juif. S’il a changé son nom, initialement Opper en Blowitz (il
est né à Blovice ou Blowitz en bohème), pour se
faire naturaliser, il ne s’est pas converti. Par contre, il a
épousé en 1859 une veuve catholique et pratiquante de 11
ans plus âgée que lui, Anne-Amélie Bethfort qu’il
vénère et appelle « Ma Madone ».
A la suite de cette apostrophe sur
la plage, les choses s’accélèrent. L’emplacement
envisagé pour cette construction est un terrain qui jouxte le
domaine du château de Sassetot de M. Perquet. Ce terrain
appartient à M. Paul du Vergier qui en fait don pour ce projet
au Comité d’organisation.
Le Comité demande au mois
d’août 1891 un projet à la société Dantz
Frère et Compagnie à Pont-à-Mousson. Il s’agit
d’une chapelle à 5 travées en fer et briques. Ce premier
projet n’est pas retenu, probablement pour des raisons
esthétiques.
On s’adresse alors à Camille
Albert (1852-1942), architecte à Fécamp
déjà réputé pour avoir construit en 1882 le
Palais de la Bénédictine. Il propose un projet dont le
devis, daté du 2 décembre 1891, s'élève
à 20.688,45 francs, somme assez considérable à
l’époque. Ce projet d’une chapelle à 5 travées
avec un clocher est jugé trop onéreux compte tenu des
fonds dont dispose le comité d’organisation. Un nouveau devis
est demandé à l’architecte en limitant la nef à 4
travées et en supprimant la sacristie, le clocher et le porche.
Le devis passe alors à 12.497,53 francs et c’est ce dernier
devis qui est finalement accepté.
La construction est
commencée au début de l’année 1892 par M. Fleury,
entrepreneur à Sassetot. La construction est rapidement
menée, le gros du chantier se terminant au mois d’août
1892.
Cette construction exacerbe la
très vive opposition de la commune de Sassetot et du Conseil de
Fabrique. Deux pétitions sont adressées au ministre des
Cultes par voie hiérarchique pour demander l’autorisation de
l’ouverture de cette chapelle dont la construction est à peine
achevée : une du côté de Sassetot comportant
une centaine de signatures et l’autre du côté de
Saint-Martin en comportant environ 140. Ont signé à la
fois des habitants à l’année et des baigneurs.
Le sous-préfet d’Yvetot, en
même temps qu’il transmet la pétition au ministre,
écrit à la commune de Sassetot le 12 août 1892 en
lui demandant de provoquer d’urgence une délibération du
conseil de Frabrique pour statuer sur cette demande. Ce dernier devra
transmettre sa décision au Conseil municipal qui devra à
son tour prendre position.
Le 21 août 1892, le Conseil
de Fabrique de Sassetot, présidé par M. Perquet
propriétaire du château, se réunit. Il justifie sa
position par un certain nombre de
« considérants », 4 militent contre
l’ouverture de cette chapelle et le dernier plaide en sa faveur :
1/ Le Conseil de Fabrique n’a pas
été consulté sur l’opportunité de
construire une chapelle aux Petites-Dalles.
2/ L’ouverture au culte de cette chapelle pourrait amener une diminution des recettes de la Fabrique.
3/ D’un point de vue religieux, le
Conseil de Fabrique craint que les habitants des Petites-Dalles ayant
un lieu de culte à leur porte pendant l’été,
perdent l’habitude de monter à Sassetot en hiver pour les
offices.
4/ Cette chapelle a
été édifiée par des souscripteurs
appartenant non seulement à la religion catholique, mais
également à d’autres religions.
5/ Que les habitants des Petites-Dalles sont unanimement favorables à l’ouverture de cette chapelle.
Par ces divers motifs, le Conseil
de Fabrique croit devoir s’abstenir d’émettre un avis et s’en
remet aux autorités diocésaines et préfectorales !
Cette décision est transmise
au Conseil municipal qui se réunit le 5 septembre 1892 sous la
présidence du maire, M. Fiquet. Il délibère et
motive sa décision par des attendus suivants :
1/ Le Conseil de Fabrique ne se prononce pas.
2/ La commune devant concourir aux
frais de grosses réparations des lieux de cultes, l’existence
d’une chapelle de secours aura pour conséquence à terme
une augmentation des charges du budget communal.
3/ La distance entre les
Petites-Dalles et les églises de Sassetot et de Saint-Martin
n’est pas si considérable et équivalente à la
distance à Sassetot entre les hameaux les plus
éloignés et l’église.
4/ Les habitants des Petites-Dalles
ne fréquentant le bourg de Sassetot que pour le culte,
l’ouverture de la chapelle causerait un préjudice
considérable aux commerçants et aux marchands forains qui
approvisionnent l’unique marché se tenant le dimanche à
Sassetot.
Par ces motifs, le conseil
municipal se déclare contre l’ouverture de la chapelle comme
devant nuire aux intérêts commerciaux de la commune, mais
déclare néanmoins s’en rapporter à la sagesse de
M. le Préfet pour la suite à donner au projet.
Résolution adoptée par 7 voix contre 2 et une abstention.
Le maire transmet ces deux décisions au sous-préfet le 29 septembre 1892 en y associant :
- un certificat précisant
que le nombre d’étrangers fréquentant le hameau des
Petites-Dalles peut être évalué en
été à 800,
- deux certificats des agents
voyers de Cany et de Valmont indiquant que l’église de Sassetot
est à 2090 m de la chapelle des Petites-Dalles et à
2900 m de la plage,
- un engagement de plusieurs
propriétaires garantissant à la fabrique de
l’église de Sassetot le règlement des dépenses
engendrées par l’exercice du culte et par l’entretien de la
construction.
Le maire dramatise la question et la politise en écrivant :
...Le
Conseil municipal, à une forte majorité, a émis un
avis défavorable à ce projet et, en cette circonstance,
il s’est fait le fidèle interprète de l’opinion publique.
Personnellement,
je suis absolument hostile à l’ouverture de cette chapelle qui
causerait un grand préjudice à Sassetot et
amènerait à brève échéance la ruine
de son marché. Les pétitionnaires le savent bien et ils
ne se sont jamais fait aucune illusion sur l’accueil que la
municipalité réservait à leur demande, car il est
vraiment inconcevable que des personnes séjournant quelques
semaines seulement dans une localité aient la prétention
de mieux en connaître les intérêts que les habitants
eux-mêmes ou leurs mandataires.
Dans la
question de la chapelle des Petites-Dalles, le côté
religieux est tout à fait secondaire. Les principaux membres du
comité, dont les opinions sont notoirement hostiles au
gouvernement de la République, cherchent avant tout à
faire montre d’une grande influence auprès des autorités
supérieures. Ils disent bien haut et à qui veut les
entendre : « Nous avons construit la chapelle sans
consulter ni l’autorité fabricienne, ni l’autorité
municipale et qu’ils le veuillent ou non, cette chapelle sera ouverte
au culte. »
J’espère que M. le Sous-préfet et M. le Ministre apprécieront plus équitablement cette affaire.
Le 30 septembre, le
sous-préfet d’Yvetot, M. Leguerney, transmet le dossier au
préfet en abondant dans le sens du maire et en politisant encore
un peu plus l’affaire :
...
J’ajouterai que si l’autorisation sollicitée est
accordée, elle produira un effet fâcheux dans la commune
et pourrait amener le découragement des trop rares
républicains.
Dans un
entretien que j’ai eu avec lui, M. Fiquet, maire, m’a laissé
entendre qu’il se verrait contraint de donner sa démission si le
conseil municipal n’obtenait pas gain de cause dans la circonstance. Je
le regretterais d’autant plus qu’il serait presque certainement
remplacé par un réactionnaire.
On brandit une menace politique.
Le 24 novembre, le Garde des Sceaux, ministre de la Justice, répond dans ce sens au préfet :
Il constate que cette chapelle a
été construite en infraction de la circulaire du 4
juillet 1882 et reprenant les arguments du Conseil de Fabrique et du
Maire, il conclut :
Dans
ces conditions, il ne serait pas conforme aux règles d’une bonne
administration d’autoriser l’érection d’une chapelle de secours.
Ainsi l’a décidé un avis du Conseil d’Etat en date du 20
juin 1882 (projet d’érection d’une chapelle de secours à
la Perrière, section de la commune de Maraye-en-Othe dans
l’Aube).
En cette fin du mois de novembre
1892, l’affaire semble donc entendue au plus haut niveau, le Garde des
Sceaux, Louis Ricard, Ministre de la Justice et des Cultes du Cabinet
Emile Loubet décide que l’ouverture de la chapelle des
Petites-Dalles au culte ne sera pas autorisée !
Mais coup de théâtre,
le 28 novembre 1892, 4 jours après cette décision, le
cabinet Emile Loubet est renversé et avec lui le garde des
sceaux.
On trouve alors une faille dans la
procédure. Le Conseil de Fabrique ayant décidé de
ne pas prendre de décision, le Sous-Préfet d’Yvetot,
M. Leguerney, le somme, le 4 décembre de se positionner,
dans un sens ou dans un autre. C’est ce même M. Leguerney qui
deux mois auparavant avait appuyé très vigoureusement la
demande du maire de Sassetot de ne pas autoriser l’ouverture de la
chapelle !
Le 6 décembre, le
Président de la République Sadi Carnot nomme comme
Président du Conseil Alexandre Ribot.
Fort opportunément, dans le
nouveau ministère, les Cultes passent du Ministère de la
Justice au Ministère de l’Instruction publique, des Beaux-Arts
et des Cultes, dirigé par Charles Dupuy. Ce même
ministère avait été dirigé pendant un an,
de mars 1875 à février 1876, par Henri Wallon.
Le 13 décembre le Conseil de
Fabrique se réunit donc à nouveau en séance
extraordinaire avec les considérants suivants :
1/ La chapelle est construite depuis 4 mois grâce aux généreux dons des souscripteurs.
2/ En saison la population des Petites-Dalles s’élève à 800 habitants.
3/ Le comité a
décidé qu’une large part des recettes de la chapelle
serait attribuée à la Fabrique en dédommagement du
manque à gagner pour l’église du fait de l’ouverture de
la chapelle.
4/ Refuser l’ouverture de cette
chapelle, si fortement désirée par les baigneurs et la
population, nuirait aux intérêts de l’église de
Sassetot et tarirait les secours en faveur des bonnes oeuvres.
Après
délibération, le Conseil de Fabrique émet un avis
favorable par 5 voix et une abstention à l’ouverture de la
chapelle des Petites-Dalles.
Le 20 février 1893, M. du
Vergier s’engage auprès du Conseil de fabrique à lui
faire don de la chapelle et du terrain sur lequel elle est construite,
à condition que ce conseil qu’il y soit assuré des
offices du 1er juillet au 30 septembre et moyennant quelques
contraintes financières quant à la répartition des
recettes et de dépenses.
Le 29 mars 1893, le Conseil
municipal de Sassetot rejette la donation qui entraînerait un
supplément de charges financières pour la commune.
Le 9 avril 1893, le Conseil de
Fabrique se réunit pour décider de demander à M.
du Verger de limiter ses exigences en matière d’offices dans la
chapelle des Petites-Dalles.
Le 30 mai 1893, le Ministre de
l’Instruction publique des Beaux-Arts et des Cultes écrit au
Préfet pour demander que M. du Vergier renonce dans sa donation
à une certain nombre de clauses contraignantes notamment pour le
Conseil de Fabrique. M. du Vergier accepte de renoncer à ses
exigences et de ne faire qu’une donation simple de la chapelle et du
terrain.
Le 10 août 1893, un décret signé du Président de la République, Sadi Carnot :
- autorise le Conseil de Fabrique à accepter la donation de M. du Vergier,
- autorise l’exercice du culte dans la chapelle des Petites-Dalles dénommée chapelle de secours,
- précise que le culte y
sera célébré sous la surveillance et la direction
du desservant de l’église de Sassetot,
- précise
également que les ressources de cette chapelle de secours seront
administrées par le Conseil de Fabrique, sans que ni la
Fabrique, ni la commune soient obligées de suppléer
à une insuffisance de ces ressources.
Le 12 août 1893, la chapelle est bénite par l'abbé Gailhac.
On peut raisonnablement penser que
ce revirement est lié à un certain nombre de pressions en
haut lieu. Henri Wallon (1812-1904) qui a été pendant un
an, de mars 1875 à février 1876, Ministre de l’Instrution
publique, des Beaux-Arts et des Cultes, a probablement exercé un
rôle en jouant de son influence. Il a alors 80 ans, il est
sénateur inamovible et jouit d’une grande
notoriété. C’est à la fois un catholique
très pratiquant et un républicain convaincu. C’est lui
qui a fait voter en janvier 1875 à une voix de majorité
et par une chambre majoritairement royaliste, un amendement, dit
amendement Wallon qui a institué la République. Le fait
que la gestion des cultes soit passée en décembre 1892 du
Ministère de la Justice au Ministère de l’Instruction
publique est probablement un heureux hasard. Je ne vais pas
jusqu’à penser que c’est Henri Wallon qui l’a provoquée
lui-même, mais pourquoi pas ! C’est une hypothèse qu’on ne
peut éliminer.
Finalement, comme le
prédisait le maire de Sassetot, M. Fiquet, en septembre
1892, ces riches bourgeois influant qui se targuait d’obtenir
l’ouverture de cette chapelle ont bien obtenu gain de cause ! Il a
dû en persister quelques rancunes plus ou moins tenaces envers
ses horsains envahissants et arrogants. Près de 120 ans et plus
de 4 générations ont, j’espère effacé, ces
ressentiments.
La chapelle va alors être régulièrement améliorée et embellie.
En juillet 1893, un harmonium est
acheté à la maison Rodolphe fils, facteur d’orgues, 15
rue chaligny à Paris.
Très vite cette chapelle
s'avère trop petite et elle est agrandie à 5
travées et par l'ajout d'une sacristie en 1895, grâce
à une nouvelle souscription organisée par M. Paul du
Vergier, à laquelle il contribue largement. Le devis
s'établit à 8.420,25 francs pour cet agrandissement
à 5 travées. La chapelle a alors l'aspect que nous lui
connaissons actuellement.
En 1896, Mme Pauline Caspers offre
à la chapelle un grand tableau de sa composition
représentant le Sacré-Coeur bénissant les
Petites-Dalles. Mme Caspers est référencée dans le
dictionnaire BENEZIT comme « peintre de fleurs et de
fruits ».
En 1896. Un document nous donne les
comptes d’une fête qui s’est déroulée le samedi 29
et dimanche 30 août pour recueillir des fonds pour la chapelle :
1.244,85 francs sont ainsi récoltés déduction
faite des frais.
On ne sait pas quand le
comité d’organisation fut dissout, mais on sait qu’en 1899, il
existait toujours, car M. Charles Renard y fait encore en janvier un
versement.
En 1902, des vitraux sont mis en place, fabriqués par l’atelier Gustave Moïse de Rouen.
La chapelle est constamment
entretenue et améliorée. Il semble qu’à
l’époque les murs aient été décorés
de frises peintes. Durant la saison, la chapelle est un de points
essentiels de la vie sociale des Petites-Dalles. Outre les messes
dominicales et même en semaine, il s’y déroule
régulièrement des concerts.
A l’été 1937, la
manécanterie des Petits Chanteurs à la Croix de Bois,
alors très célèbres vient y chanter la messe.
Contrairement à de
nombreuses villas, la chapelle ne semble pas avoir trop souffert de la
période d’occupation de la guerre.
Après la guerre, la chapelle
retrouve sa fonction. Des Petits-Dallais viennent s’y marier. En 1947,
un mariage reste dans les annales. Peu de temps avant la
cérémonie, la corde de la cloche casse. Le père de
la mariée se procure en urgence un électrophone et un
enregistrement de cloches, un disque 78 tours, et c’est au son des
cloches de Notre-Dame de Paris, sonnant à toutes volées
que le couple nouvellement marié sort de la chapelle. Pierre
Duboc dans un splendide costume chamarré, coiffé d’un
bicorne, armé d’une épée et d’une hallebarde, joue
le rôle de suisse. Lors des messes chantées et dans les
grandes occasions, ce même Pierre Duboc entonne de sa très
belle voix les cantiques repris par l’assistance.
En saison, jusqu’en 1970, le
curé de Sassetot descend dire deux messes le dimanche, une messe
chantée à 9h et une messe basse à 11h30. En
semaine, il y a généralement une messe basse le mercredi
matin, le mercredi étant également dédié
aux confessions. Les offices sont annoncés un quart d’heure
avant par la cloche. La chapelle est le plus souvent pleine et mieux
vaut arriver assez tôt au risque sinon d’assister à
l’office sur le perron. Pourtant, certains, ou certaines, se placent
volontairement dans le fond de la chapelle pour pouvoir repartir assez
vite afin d’être les premiers servis en petits gâteaux chez
la boulangère-pâtissière, Mme Duclos.
A partir des années 1970,
les messes se faisant plus rares et la fréquentation de la
chapelle plus épisodique, le bâtiment se dégrade
lentement, mais inexorablement.
En 1993, la chapelle fête ses
100 ans. A cette occasion, M. Germont publie sa plaquette sur
l’histoire de la chapelle. La messe du centenaire est dite le samedi 17
juillet à 19h par Monseigneur Michel Saudreau,
évêque du diocèse du Havre. Elle est suivie d’un
repas campagnard au TCD et le soir-même a lieu la traditionnelle
retraite aux flambeaux. Dans la chapelle, une exposition se tient
pendant une semaine sur son histoire.
Au mois d’août 2006, lors de
l’Assemblée Générale de l’Association de
Défense du Site des Petites-Dalles, le maire de Sassetot, M.
Hazard, alors qu’on lui demande d’assurer le clos et le couvert de ce
bâtiment communal, lance comme une boutade que cette chapelle lui
coûte et qu’il est prêt à la vendre pour un euro
symbolique. Cette vente à ce prix s’avère vite
légalement impossible, mais c’est le point de départ de
la constitution de l’Association des Amis de la Chapelle. Grâce
à ses deux présidents, Bernard Triponel et Martine
Samson, à la générosité sans faille de tous
les Petits-Dallais, à la coopération efficace de la
commune de Sassetot et de l’abbé Beau et grâce aussi
à de nombreux bénévoles, le pari de restaurer et
de redonner vie à cette chapelle est en voie d’être
gagné.
Et pour terminer, je vous propose
une séquence nostalgie. Le Salve Regina était
traditionnellement chanté par l’assemblée des
fidèles à la fin des offices. Vous entendrez ici une
version prise sur Internet, malheureusement sans la voix de Pierre
Duboc.