Conférence à la Chapelle

Jeudi 11 août 2011


Histoire de la Chapelle des Petites-Dalles

par Pierre Wallon

L’histoire de la chapelle des Petites-Dalles a déjà été contée par M. Gremont dans le fascicule qu’il a publié en 1993 à l’occasion du centenaire de la chapelle. Je ne reprendrai donc pas systématiquement ce qu’il a fort bien décrit en me contentant de faire état de quelques nouveaux documents et surtout de faire une nouvelle lecture des archives que nous possédons. Comme nous le verrons, cette relecture peut conduire à formuler quelques hypothèses. Ces hypothèses ne sont évidemment pas des faits historiques et n’engagent que moi.

Jusqu’au milieu du XIXe siècle, le village des Petites-Dalles est un hameau de pêcheurs accessible à pied ou à cheval par un mauvais chemin, l’actuelle vieille route de Sassetot. C’est le bout du monde. Il n’y a pas de lieu de culte et les 200 habitants doivent monter à pied à Sassetot pour assister aux offices. Ils en profitent probablement pour faire leur marché qui se tient chaque dimanche à Sassetot sur la route des Grandes-Dalles.

En 1856, le chemin de fer arrive à Fécamp pour des raisons économiques. Fécamp est alors un des plus grands ports morutiers français, si ce n’est le plus grand, et il faut une connexion rapide avec Rouen et Paris pour y acheminer les produits de la pêche. C’est le début de la mode des bains de mer et le hameau des Petites-Dalles s’avère alors être une des plages les plus proches de Paris et accessibles par le train.

En 1865, Henri Wallon recherche un lieu de vacances pour sa famille. Arrivé en train à Fécamp, il parcourt en voiture à cheval les 8 lieues qui séparent Fécamp de Saint-Valery. C’est le village des Petites-Dalles qui a sa préférence, mais un point le retient : « Le plus grand inconvénient c'est l'éloignement de l'église » qui est à 2km à Sassetot, écrit-il dans une lettre. Henri Wallon est très croyant et très pieux. Comme la plupart de ses concitoyens à l’époque, il est inconcevable de ne pas assister aux offices. Finalement, il passe outre cet inconvénient et loue, puis achète une maison aux Petites-Dalles pour les vacances, l’actuel villa « Brise lames ».

La notoriété des Petites-Dalles se développe et les plaisanciers, on parle alors de baigneurs, viennent de plus en plus nombreux. Cet engouement est lié à la proximité de la capitale et à la venue en 1875 de Sissi au château de Sassetot. Ces baigneurs sont pour la plupart de riches bourgeois de Paris ou de Rouen.

Face à l’éloignement de l’église de Sassetot, ces bourgeois, menés par Paul du Vergier et avec probablement l’approbation de la population des Petites-Dalles, en viennent assez vite à envisager la construction d’une chapelle. Le Conseil de Fabrique et surtout la commune de Sassetot y sont vivement opposés. A noter que le terme fabrique désigne les personnes (prêtres et laïcs) chargées de l'administration des finances d’un lieu de culte, de sa construction à son entretien ; on parle aussi du Conseil de Fabrique. On a peu de documents sur ces premières démarches.

Au mois d’août 1891, M. de Blowitz interpelle Mme Crosnier sur la plage des Petites-Dalles. Cette courte entrevue est rapportée par Monsieur Renard :
   « Etes-vous toujours dans les mêmes dispositions, madame, en ce qui concerne la chapelle des Petites-Dalles ? »
    « Oui, monsieur ! »
    « Combien mettez-vous ? »
    « Tant ! - Moi aussi ! »
    Et se tournant vers moi : « Maintenant M. Renard vous n’avez qu’à continuer ! » Et ce fut tout !

Cette conversation fait penser que le projet de la construction d’une chapelle est assez ancien et traîne en longueur. Et de fait, on trouve sur un plan de lotissement de la falaise côté Sassetot daté de 1882 la chapelle clairement marquée à son emplacement actuel alors que la construction n’a réellement commencé que 10 ans plus tard, en 1892.

Un comité d’organisation est constitué en 1891 :
On peut s’étonner de voir M. de Blowitz encourager la construction d’une chapelle, figurer comme président d’honneur du comité d’organisation et participer financièrement à sa construction alors même qu’il est de notoriété publique qu’il est juif. S’il a changé son nom, initialement Opper en Blowitz (il est né à Blovice ou Blowitz en bohème), pour se faire naturaliser, il ne s’est pas converti. Par contre, il a épousé en 1859 une veuve catholique et pratiquante de 11 ans plus âgée que lui, Anne-Amélie Bethfort qu’il vénère et appelle « Ma Madone ».

A la suite de cette apostrophe sur la plage, les choses s’accélèrent. L’emplacement envisagé pour cette construction est un terrain qui jouxte le domaine du château de Sassetot de M. Perquet. Ce terrain appartient à M. Paul du Vergier qui en fait don pour ce projet au Comité d’organisation.

Le Comité demande au mois d’août 1891 un projet à la société Dantz Frère et Compagnie à Pont-à-Mousson. Il s’agit d’une chapelle à 5 travées en fer et briques. Ce premier projet n’est pas retenu, probablement pour des raisons esthétiques.

On s’adresse alors à Camille Albert (1852-1942), architecte à Fécamp déjà réputé pour avoir construit en 1882 le Palais de la Bénédictine. Il propose un projet dont le devis, daté du 2 décembre 1891, s'élève à 20.688,45 francs, somme assez considérable à l’époque. Ce projet d’une chapelle à 5 travées avec un clocher est jugé trop onéreux compte tenu des fonds dont dispose le comité d’organisation. Un nouveau devis est demandé à l’architecte en limitant la nef à 4 travées et en supprimant la sacristie, le clocher et le porche. Le devis passe alors à 12.497,53 francs et c’est ce dernier devis qui est finalement accepté.

La construction est commencée au début de l’année 1892 par M. Fleury, entrepreneur à Sassetot. La construction est rapidement menée, le gros du chantier se terminant au mois d’août 1892.

Cette construction exacerbe la très vive opposition de la commune de Sassetot et du Conseil de Fabrique. Deux pétitions sont adressées au ministre des Cultes par voie hiérarchique pour demander l’autorisation de l’ouverture de cette chapelle dont la construction est à peine achevée : une du côté de Sassetot comportant une centaine de signatures et l’autre du côté de Saint-Martin en comportant environ 140. Ont signé à la fois des habitants à l’année et des baigneurs.

Le sous-préfet d’Yvetot, en même temps qu’il transmet la pétition au ministre, écrit à la commune de Sassetot le 12 août 1892 en lui demandant de provoquer d’urgence une délibération du conseil de Frabrique pour statuer sur cette demande. Ce dernier devra transmettre sa décision au Conseil municipal qui devra à son tour prendre position.

Le 21 août 1892, le Conseil de Fabrique de Sassetot, présidé par M. Perquet propriétaire du château, se réunit. Il justifie sa position par un certain nombre de « considérants », 4 militent contre l’ouverture de cette chapelle et le dernier plaide en sa faveur :
1/ Le Conseil de Fabrique n’a pas été consulté sur l’opportunité de construire une chapelle aux Petites-Dalles.
2/ L’ouverture au culte de cette chapelle pourrait amener une diminution des recettes de la Fabrique.
3/ D’un point de vue religieux, le Conseil de Fabrique craint que les habitants des Petites-Dalles ayant un lieu de culte à leur porte pendant l’été, perdent l’habitude de monter à Sassetot en hiver pour les offices.
4/ Cette chapelle a été édifiée par des souscripteurs appartenant non seulement à la religion catholique, mais également à d’autres religions.
5/ Que les habitants des Petites-Dalles sont unanimement favorables à l’ouverture de cette chapelle.
Par ces divers motifs, le Conseil de Fabrique croit devoir s’abstenir d’émettre un avis et s’en remet aux autorités diocésaines et préfectorales !

Cette décision est transmise au Conseil municipal qui se réunit le 5 septembre 1892 sous la présidence du maire, M. Fiquet. Il délibère et motive sa décision par des attendus suivants :
1/ Le Conseil de Fabrique ne se prononce pas.
2/ La commune devant concourir aux frais de grosses réparations des lieux de cultes, l’existence d’une chapelle de secours aura pour conséquence à terme une augmentation des charges du budget communal.
3/ La distance entre les Petites-Dalles et les églises de Sassetot et de Saint-Martin n’est pas si considérable et équivalente à la distance à Sassetot entre les hameaux les plus éloignés et l’église.
4/ Les habitants des Petites-Dalles ne fréquentant le bourg de Sassetot que pour le culte, l’ouverture de la chapelle causerait un préjudice considérable aux commerçants et aux marchands forains qui approvisionnent l’unique marché se tenant le dimanche à Sassetot.
Par ces motifs, le conseil municipal se déclare contre l’ouverture de la chapelle comme devant nuire aux intérêts commerciaux de la commune, mais déclare néanmoins s’en rapporter à la sagesse de M. le Préfet pour la suite à donner au projet. Résolution adoptée par 7 voix contre 2 et une abstention.

Le maire transmet ces deux décisions au sous-préfet le 29 septembre 1892 en y associant :
- un certificat précisant que le nombre d’étrangers fréquentant le hameau des Petites-Dalles peut être évalué en été à 800,
- deux certificats des agents voyers de Cany et de Valmont indiquant que l’église de Sassetot est à 2090 m de la chapelle des Petites-Dalles et à 2900 m de la plage,
- un engagement de plusieurs propriétaires garantissant à la fabrique de l’église de Sassetot le règlement des dépenses engendrées par l’exercice du culte et par l’entretien de la construction.

Le maire dramatise la question et la politise en écrivant :
...Le Conseil municipal, à une forte majorité, a émis un avis défavorable à ce projet et, en cette circonstance, il s’est fait le fidèle interprète de l’opinion publique.
Personnellement, je suis absolument hostile à l’ouverture de cette chapelle qui causerait un grand préjudice à Sassetot et amènerait à brève échéance la ruine de son marché. Les pétitionnaires le savent bien et ils ne se sont jamais fait aucune illusion sur l’accueil que la municipalité réservait à leur demande, car il est vraiment inconcevable que des personnes séjournant quelques semaines seulement dans une localité aient la prétention de mieux en connaître les intérêts que les habitants eux-mêmes ou leurs mandataires.
Dans la question de la chapelle des Petites-Dalles, le côté religieux est tout à fait secondaire. Les principaux membres du comité, dont les opinions sont notoirement hostiles au gouvernement de la République, cherchent avant tout à faire montre d’une grande influence auprès des autorités supérieures. Ils disent bien haut et à qui veut les entendre : « Nous avons construit la chapelle sans consulter ni l’autorité fabricienne, ni l’autorité municipale et qu’ils le veuillent ou non, cette chapelle sera ouverte au culte. »
J’espère que M. le Sous-préfet et M. le Ministre apprécieront plus équitablement cette affaire.

Le 30 septembre, le sous-préfet d’Yvetot, M. Leguerney, transmet le dossier au préfet en abondant dans le sens du maire et en politisant encore un peu plus l’affaire :

... J’ajouterai que si l’autorisation sollicitée est accordée, elle produira un effet fâcheux dans la commune et pourrait amener le découragement des trop rares républicains.
Dans un entretien que j’ai eu avec lui, M. Fiquet, maire, m’a laissé entendre qu’il se verrait contraint de donner sa démission si le conseil municipal n’obtenait pas gain de cause dans la circonstance. Je le regretterais d’autant plus qu’il serait presque certainement remplacé par un réactionnaire.

On brandit une menace politique.

Le 24 novembre, le Garde des Sceaux, ministre de la Justice, répond dans ce sens au préfet :

Il constate que cette chapelle a été construite en infraction de la circulaire du 4 juillet 1882 et reprenant les arguments du Conseil de Fabrique et du Maire, il conclut :

Dans ces conditions, il ne serait pas conforme aux règles d’une bonne administration d’autoriser l’érection d’une chapelle de secours. Ainsi l’a décidé un avis du Conseil d’Etat en date du 20 juin 1882 (projet d’érection d’une chapelle de secours à la Perrière, section de la commune de Maraye-en-Othe dans l’Aube).

En cette fin du mois de novembre 1892, l’affaire semble donc entendue au plus haut niveau, le Garde des Sceaux, Louis Ricard, Ministre de la Justice et des Cultes du Cabinet Emile Loubet décide que l’ouverture de la chapelle des Petites-Dalles au culte ne sera pas autorisée !

Mais coup de théâtre, le 28 novembre 1892, 4 jours après cette décision, le cabinet Emile Loubet est renversé et avec lui le garde des sceaux.

On trouve alors une faille dans la procédure. Le Conseil de Fabrique ayant décidé de ne pas prendre de décision, le Sous-Préfet d’Yvetot, M. Leguerney, le somme, le 4 décembre de se positionner, dans un sens ou dans un autre. C’est ce même M. Leguerney qui deux mois auparavant avait appuyé très vigoureusement la demande du maire de Sassetot de ne pas autoriser l’ouverture de la chapelle !

Le 6 décembre, le Président de la République Sadi Carnot nomme comme Président du Conseil Alexandre Ribot.

Fort opportunément, dans le nouveau ministère, les Cultes passent du Ministère de la Justice au Ministère de l’Instruction publique, des Beaux-Arts et des Cultes, dirigé par Charles Dupuy. Ce même ministère avait été dirigé pendant un an, de mars 1875 à février 1876, par Henri Wallon.

Le 13 décembre le Conseil de Fabrique se réunit donc à nouveau en séance extraordinaire avec les considérants suivants :
1/ La chapelle est construite depuis 4 mois grâce aux généreux dons des souscripteurs.
2/ En saison la population des Petites-Dalles s’élève à 800 habitants.
3/ Le comité a décidé qu’une large part des recettes de la chapelle serait attribuée à la Fabrique en dédommagement du manque à gagner pour l’église du fait de l’ouverture de la chapelle.
4/ Refuser l’ouverture de cette chapelle, si fortement désirée par les baigneurs et la population, nuirait aux intérêts de l’église de Sassetot et tarirait les secours en faveur des bonnes oeuvres.

Après délibération, le Conseil de Fabrique émet un avis favorable par 5 voix et une abstention à l’ouverture de la chapelle des Petites-Dalles.

Le 20 février 1893, M. du Vergier s’engage auprès du Conseil de fabrique à lui faire don de la chapelle et du terrain sur lequel elle est construite, à condition que ce conseil qu’il y soit assuré des offices du 1er juillet au 30 septembre et moyennant quelques contraintes financières quant à la répartition des recettes et de dépenses.

Le 29 mars 1893, le Conseil municipal de Sassetot rejette la donation qui entraînerait un supplément de charges financières pour la commune.
Le 9 avril 1893, le Conseil de Fabrique se réunit pour décider de demander à M. du Verger de limiter ses exigences en matière d’offices dans la chapelle des Petites-Dalles.

Le 30 mai 1893, le Ministre de l’Instruction publique des Beaux-Arts et des Cultes écrit au Préfet pour demander que M. du Vergier renonce dans sa donation à une certain nombre de clauses contraignantes notamment pour le Conseil de Fabrique. M. du Vergier accepte de renoncer à ses exigences et de ne faire qu’une donation simple de la chapelle et du terrain.

Le 10 août 1893, un décret signé du Président de la République, Sadi Carnot :

Le 12 août 1893, la chapelle est bénite par l'abbé Gailhac.

On peut raisonnablement penser que ce revirement est lié à un certain nombre de pressions en haut lieu. Henri Wallon (1812-1904) qui a été pendant un an, de mars 1875 à février 1876, Ministre de l’Instrution publique, des Beaux-Arts et des Cultes, a probablement exercé un rôle en jouant de son influence. Il a alors 80 ans, il est sénateur inamovible et jouit d’une grande notoriété. C’est à la fois un catholique très pratiquant et un républicain convaincu. C’est lui qui a fait voter en janvier 1875 à une voix de majorité et par une chambre majoritairement royaliste, un amendement, dit amendement Wallon qui a institué la République. Le fait que la gestion des cultes soit passée en décembre 1892 du Ministère de la Justice au Ministère de l’Instruction publique est probablement un heureux hasard. Je ne vais pas jusqu’à penser que c’est Henri Wallon qui l’a provoquée lui-même, mais pourquoi pas ! C’est une hypothèse qu’on ne peut éliminer.

Finalement, comme le prédisait le maire de Sassetot, M. Fiquet, en septembre 1892, ces riches bourgeois influant qui se targuait d’obtenir l’ouverture de cette chapelle ont bien obtenu gain de cause ! Il a dû en persister quelques rancunes plus ou moins tenaces envers ses horsains envahissants et arrogants. Près de 120 ans et plus de 4 générations ont, j’espère effacé, ces ressentiments.

La chapelle va alors être régulièrement améliorée et embellie.

En juillet 1893, un harmonium est acheté à la maison Rodolphe fils, facteur d’orgues, 15 rue chaligny à Paris.

Très vite cette chapelle s'avère trop petite et elle est agrandie à 5 travées et par l'ajout d'une sacristie en 1895, grâce à une nouvelle souscription organisée par M. Paul du Vergier, à laquelle il contribue largement. Le devis s'établit à 8.420,25 francs pour cet agrandissement à 5 travées. La chapelle a alors l'aspect que nous lui connaissons actuellement.

En 1896, Mme Pauline Caspers offre à la chapelle un grand tableau de sa composition représentant le Sacré-Coeur bénissant les Petites-Dalles. Mme Caspers est référencée dans le dictionnaire BENEZIT comme « peintre de fleurs et de fruits ».

En 1896. Un document nous donne les comptes d’une fête qui s’est déroulée le samedi 29 et dimanche 30 août pour recueillir des fonds pour la chapelle : 1.244,85 francs sont ainsi récoltés déduction faite des frais.

On ne sait pas quand le comité d’organisation fut dissout, mais on sait qu’en 1899, il existait toujours, car M. Charles Renard y fait encore en janvier un versement.

En 1902, des vitraux sont mis en place, fabriqués par l’atelier Gustave Moïse de Rouen.

La chapelle est constamment entretenue et améliorée. Il semble qu’à l’époque les murs aient été décorés de frises peintes. Durant la saison, la chapelle est un de points essentiels de la vie sociale des Petites-Dalles. Outre les messes dominicales et même en semaine, il s’y déroule régulièrement des concerts.

A l’été 1937, la manécanterie des Petits Chanteurs à la Croix de Bois, alors très célèbres vient y chanter la messe.

Contrairement à de nombreuses villas, la chapelle ne semble pas avoir trop souffert de la période d’occupation de la guerre.

Après la guerre, la chapelle retrouve sa fonction. Des Petits-Dallais viennent s’y marier. En 1947, un mariage reste dans les annales. Peu de temps avant la cérémonie, la corde de la cloche casse. Le père de la mariée se procure en urgence un électrophone et un enregistrement de cloches, un disque 78 tours, et c’est au son des cloches de Notre-Dame de Paris, sonnant à toutes volées que le couple nouvellement marié sort de la chapelle. Pierre Duboc dans un splendide costume chamarré, coiffé d’un bicorne, armé d’une épée et d’une hallebarde, joue le rôle de suisse. Lors des messes chantées et dans les grandes occasions, ce même Pierre Duboc entonne de sa très belle voix les cantiques repris par l’assistance.

En saison, jusqu’en 1970, le curé de Sassetot descend dire deux messes le dimanche, une messe chantée à 9h et une messe basse à 11h30. En semaine, il y a généralement une messe basse le mercredi matin, le mercredi étant également dédié aux confessions. Les offices sont annoncés un quart d’heure avant par la cloche. La chapelle est le plus souvent pleine et mieux vaut arriver assez tôt au risque sinon d’assister à l’office sur le perron. Pourtant, certains, ou certaines, se placent volontairement dans le fond de la chapelle pour pouvoir repartir assez vite afin d’être les premiers servis en petits gâteaux chez la boulangère-pâtissière, Mme Duclos.

A partir des années 1970, les messes se faisant plus rares et la fréquentation de la chapelle plus épisodique, le bâtiment se dégrade lentement, mais inexorablement.

En 1993, la chapelle fête ses 100 ans. A cette occasion, M. Germont publie sa plaquette sur l’histoire de la chapelle. La messe du centenaire est dite le samedi 17 juillet à 19h par Monseigneur Michel Saudreau, évêque du diocèse du Havre. Elle est suivie d’un repas campagnard au TCD et le soir-même a lieu la traditionnelle retraite aux flambeaux. Dans la chapelle, une exposition se tient pendant une semaine sur son histoire.

Au mois d’août 2006, lors de l’Assemblée Générale de l’Association de Défense du Site des Petites-Dalles, le maire de Sassetot, M. Hazard, alors qu’on lui demande d’assurer le clos et le couvert de ce bâtiment communal, lance comme une boutade que cette chapelle lui coûte et qu’il est prêt à la vendre pour un euro symbolique. Cette vente à ce prix s’avère vite légalement impossible, mais c’est le point de départ de la constitution de l’Association des Amis de la Chapelle. Grâce à ses deux présidents, Bernard Triponel et Martine Samson, à la générosité sans faille de tous les Petits-Dallais, à la coopération efficace de la commune de Sassetot et de l’abbé Beau et grâce aussi à de nombreux bénévoles, le pari de restaurer et de redonner vie à cette chapelle est en voie d’être gagné.

Et pour terminer, je vous propose une séquence nostalgie. Le Salve Regina était traditionnellement chanté par l’assemblée des fidèles à la fin des offices. Vous entendrez ici une version prise sur Internet, malheureusement sans la voix de Pierre Duboc.